Robert Nasi : Changer l’image des forêts et du secteur forestier

Robert Nasi : Changer l’image des forêts et du secteur forestier

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À partir du 1er novembre 2017, Robert Nasi devient Directeur général du Centre pour la recherche forestière internationale (CIFOR). R. Nasi connaît bien le CIFOR, car il y travaille depuis plus de 20 ans, y ayant occupé diverses fonctions directoriales et de recherche. Il était jusqu’à récemment Directeur général adjoint pour la recherche. Lors d’une conversation avec les Nouvelles des Forêts, il parle de ses décennies d’expérience passées au CIFOR et en recherche forestière tropicale et expose ses projets pour l’avenir.

Regarder la totalité de l’interview ici.

Bonjour Robert. Cela fait plus de 30 ans maintenant que vous êtes actif dans le domaine de la recherche sur les forêts tropicales. Elles sont probablement très différentes. Qu’est-ce qui a changé à votre avis ?

Les forêts n’ont pas l’air différentes, c’est la façon dont nous les regardons qui est différente. La forêt primaire, ancienne, s’est probablement réduite au cours des 30 dernières années. Il y a davantage de forêt secondaire. Mais c’est plus la façon dont la société voit les forêts qui a changé.

Au début de ma carrière, on considérait encore beaucoup les forêts sous l’angle de la production de bois ou de la récolte de leurs divers produits. Maintenant, on évolue vers la prise en compte des services écosystémiques, du stockage du carbone, de l’eau et de la biodiversité. Je dirais que c’est plus l’opinion de la société et de ce qu’elle en attend qui ont changé, plus que les forêts elles-mêmes.

Vous vous êtes toujours intéressé à la biodiversité et les forêts renferment aujourd’hui environ 50 % de cette biodiversité. Quelles devraient être les priorités dans ce domaine pour les scientifiques et les chercheurs ?

Bon, je pense qu’il y a deux priorités.

La première, c’est que nous devons préserver autant que possible les massifs forestiers qui sont toujours intacts, qui n’ont pas été touchés – et pas touchés ne veut pas dire que personne n’y vit ou que personne n’en exploite les produits, mais nous devons éviter de les exploiter à fond et essayer de les garder en l’état dans la mesure du possible.

La seconde, plus importante, est que nous devons reconnaître le rôle de la forêt secondaire en matière de biodiversité. La biodiversité est en effet bien plus riche dans la forêt secondaire que dans une plantation de palmiers à huile. Je pense que c’est un point important parce que les gens ont trop souvent tendance à considérer ces forêts secondaires comme « dégradées ». Et parce qu’elles seraient dégradées, on pourrait les convertir en plantation de palmiers à huile ou d’hévéas ou en pâturages. Je pense que c’est très important parce que la superficie de la forêt secondaire est désormais plus vaste que celle de la forêt primaire.

Pouvez-vous nous parler de l’évolution de la stratégie et des priorités du CIFOR au fil des années depuis que vous êtes arrivé ?

Le CIFOR a été créé en 1993, et il y avait alors six personnes qui y travaillaient. Au départ, cet organisme a été créé dans l’idée que le principal problème n’était pas technique, mais humain et politique. Il a été ainsi créé dans l’idée que nous allions vraiment essayer d’influencer les politiques concernant les modalités de gestion des forêts.

Ensuite, la première stratégie du CIFOR a été élaborée en 1996, et cette première stratégie s’inscrivait surtout dans la continuité de cette idée de départ qui était de s’intéresser aux problèmes du secteur forestier, mais dans une perspective relativement étroite, pour chercher à savoir quelles sont les politiques influençant les forêts, et nous nous limitions en ce temps-là à la zone tropicale humide, et pour la zone tropicale sèche, à la forêt claire zambézienne de type miombo.

Voilà quelle était cette première stratégie. Puis cela a évolué, et en 2008 une nouvelle stratégie a vu le jour, qui a accordé davantage de place à l’agenda du changement climatique et à l’importance de l’atténuation et de l’adaptation; cela a permis de commencer à élargir le concept forestier.

Et maintenant nous avons la nouvelle stratégie, pour la période 2016 à 2025, qui place vraiment le secteur forestier comme pièce maîtresse de la réalisation des objectifs de développement durable. Notre évolution a fait que nous sommes maintenant différents des organismes forestiers classiques. Les forêts sont toujours au centre de notre action, mais notre point de vue est beaucoup plus large, car pour nous elles portent la réponse aux questions soulevées par les objectifs de développement durable.

Quelles sont vos priorités pour le CIFOR à l’avenir ?

Bon, les priorités à très court terme sont probablement de bien préparer le lancement du GLF à Bonn en décembre, et de consulter nos collaborateurs pour avoir leur avis sur ce qu’il faudrait faire et sur ce qu’il est nécessaire de faire. Nous avons aussi une réunion du conseil d’administration en novembre – ce sont les priorités immédiates.

Ma priorité à long terme est vraiment de mettre le CIFOR sur une trajectoire de croissance, et de veiller à continuer à produire des études pertinentes, à travailler au développement des capacités, à sensibiliser et à faire participer, afin de changer la façon dont les forêts et le secteur forestier sont perçus pour que, au final, on se sente mieux sur la planète.

Le Forum Mondial sur les Paysages (GLF), animé par le CIFOR, vient de recevoir un financement du gouvernement allemand pour les cinq prochaines années. Comment voyez-vous l’évolution de cette plateforme, et comment peut-elle faire bouger les choses ?

Il ne s’agit pas vraiment d’une structure qui démarre juste maintenant, c’est le résultat d’une longue évolution depuis l’époque de la Journée de la forêt, que nous pouvons considérer comme le premier ‘avatar’ du Forum Mondial sur les Paysages. Plus qu’une grande manifestation annuelle très sympathique, nous allons plus, je pense, vers la mise en place d’une plateforme. L’objectif général du nouveau forum mondial sur les paysages, qui est « d’atteindre un milliard de personnes », appelle véritablement un changement transformationnel dans la façon dont nous envisageons les paysages et l’utilisation de leurs ressources.

Très bien. Merci beaucoup, Robert, de nous avoir accordé du temps.

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